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vendredi 12 août 22

Charlette N’Guessan : aventure dans la technologie de reconnaissance faciale en Afrique

Débordante d’énergie dans l’intelligence artificielle, Charlette N’Guessan, met au point un logiciel de reconnaissance faciale, adapté aux personnes de couleur. Loin d’être discriminatoire, cette découverte vaut à la jeune ivoirienne une reconnaissance internationale. Portrait !

Pour Charlette N’Guessan, « entreprendre, c’est dire oui au risque et voir la force que cache le mot échec tout en pensant réussite. Une aventure passionnante ». Quand elle décide de se lancer dans l’entrepreneuriat, la jeune femme aux idées claires et précises choisit le monde du digital. Elle a envie de voir du changement, d’innover et de contribuer au développement de l’Afrique. « Lorsque tu aspires au meilleur, il faut créer ce meilleur. C’est cet esprit d’entrepreneuriat qui fait prendre conscience des problèmes et trouver des solutions ».

Reconnaissance faciale des peaux sombres

La technologie de reconnaissance faciale, un enjeu, lutter contre la cybercriminalité
La technologie de reconnaissance faciale, un enjeu, lutter contre la cybercriminalité

Elle explore, par conséquent, un champ redouté en Afrique : la technologie de  reconnaissance faciale. C’est que les algorithmes déjà existants de cette technologie, y compris les meilleurs, sont moins performants pour identifier les individus de couleur, les Noirs. Des tests effectués aux Etats-Unis ont, en effet, mis en évidence un taux d’erreur cinq à dix fois supérieur pour ces populations.

Charlette N’Guessan veut trouver une solution à ce biais. Elle s’associe, en 2018, à trois ingénieurs informatiques rencontrés à l’incubateur Meltwater Entrepreneurial School of Technology (MEST) d’Accra, au Ghana, où elle suivait une formation en codage et entrepreneuriat. Ensemble, ils fondent une start-up. Celle-ci met au point son propre logiciel, Bace API. Bace API propose aux banques orientées sur la Fintech un système permettant de vérifier l’identité des clients à distance grâce à des photos « live » (en mouvement) pour s’assurer que la personne est réelle et non un robot.

Enjeu, lutter contre la cybercriminalité dans les banques 

Les développeurs s’assurent que ce logiciel est performant avec les peaux sombres et peut s’adapter au marché local. Ils s’appuient sur un ensemble de données très diversifiées, comprenant un échantillon important de visages d’Afrique subsaharienne. La reconnaissance faciale, discipline dérivée de l’intelligence artificielle (IA), est un pari. Surtout lorsqu’elle est orientée sur des personnes de couleur. Perçue comme discriminant, le logiciel suscite de vifs débats en Afrique.

Sauf qu’avec la crise du coronavirus, l’identification par les empreintes digitales ne suffit plus. « Tout le monde veut désormais avoir accès à ses services à distance », se défend Charlette N’Guessan. L’enjeu est du reste de taille. En 2017, la cybersécurité a coûté 3,5 milliards de dollars (environ 2,9 milliards d’euros à l’époque) aux économies africaines, selon la société de conseil Serianu, basée au Kenya. « La cybersécurité est une problématique partout en Afrique et encore plus dans le secteur financier, car dans nos pays, on est passé directement du cash au numérique », résume l’entrepreneuse.

Parcours remarquable dans le numérique

Charlette N’Guessan, un parcours remarquable dans le numérique
Charlette N’Guessan, un parcours remarquable dans le numérique

La réalisation du Bace API vaut à Charlette N’Guessan, en 2018, alors qu’elle n’a que 27 ans, de remporter le prix de l’Académie royale d’ingénierie d’Afrique, une prestigieuse institution britannique qui distingue chaque année une innovation sur le continent. Ce trophée, utile pour la notoriété et les finances de la start-up (elle inclut une dotation de 25 000 livres sterling, soit environ 27 700 euros), vient récompenser le parcours de cette jeune fille à l’intelligence débordante.

Née à Abidjan, Charlette a grandi dans le quartier populaire de Yopougon à Abidjan, auprès d’un père professeur de mathématiques et de cinq sœurs toutes prénommées… Charlette ! « Mais nous avons chacune reçu un deuxième prénom », indique-t-elle sans chercher à en dire plus sur cette curieuse homonymie.

Après des études en électronique et réseaux informatiques et des stages dans des entreprises du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan, elle est finalement sélectionnée pour suivre une formation au sein de l’incubateur MEST. Une pépinière réputée sur le continent et qu’elle est l’une des rares francophones à intégrer.

Des perspectives sur les usages du numérique

Charlette entrevoit des perspectives dans de nombreux domaines : de l’éducation (avec la mise en place de plateformes d’examens en ligne) au transport individuel de passagers (pour faciliter l’embauche des chauffeurs), en passant par les services publics, comme lors des processus électoraux qui nécessitent de vastes opérations d’enrôlement des électeurs.

« Nous avons besoin de plus de solutions made in Africa au lieu de produits venus d’ailleurs », insiste-t-elle. Ce plaidoyer fait écho aux craintes exprimées ici et là sur le continent, où l’on s’inquiète notamment de voir la Chine déployer ses technologies de surveillance.

Par K. Bruno

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